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Eugène Guillevic
Eugène Guillevic
Eugène Guillevic

« La poésie est le seul moyen d’aborder par les mots, quand on sait le faire, le son intérieur de tout réel. » Guillevic.

 

Eugène Guillevic, plutôt simplement Guillevic suivant sa volonté expresse, se disait le «poète breton d'expression française». 
Il demeure l'un des poètes majeurs de notre temps, avec une œuvre dépouillée, ciselée, compacte et à la fois cristalline, et qui a la densité de son granit breton. Il était l’homme de l’ellipse.


Il aura dit avec « si peu de mots pour un poème » l’éclair des choses et des êtres. Il est un poète de l’éveil, de la réalité du monde. 
Il l’aura magnifiquement célébrée dans son œuvre qui peut se résumer à un vaste art poétique pour chanter notre présence au monde.


Chaque mot devient message envoyé non pas comme une leçon, mais une sorte de poignée de main vers les autres humains.
Terraqué, Gagner, Exécutoire, Terre à bonheur, Carnac, Sphère, auront été des recueils qui ont marqué son temps et dans lequel on se replonge dans les temps de menace ou d’amour du monde.
Si sa poésie est lapidaire, c’est pour aller vite et fort dans nos consciences, pour guetter le moment où émerge le monde, dans des arbres qui tremblent, des oiseaux qui s’inquiètent, des secrets qui se dévoilent. 
Engagé dans le réel et dans l’action politique Guillevic est un lanceur d’alerte, qui saisit tous les signes du monde, tous les frémissements de la nature pour nous éveiller à la lucidité.


Il s’oppose ou se donne avec la même intensité au monde, la même sincérité.
Et son art poétique est de savoir, avec une simple évidence, transmettre et partager le fait de vivre ensemble, au même moment, sur ce monde et dans « l'inquiétante étrangeté des choses ».
Cette empathie, cette joie d’écrire et de vivre, est aux antipodes de la poésie sombre de son temps. Elle est source de joie, domaine d’espérance. Prendre et comprendre la vie semble son message.

 

Je viens des sources de la joie.
Je viens des sources de la nuit…
Je viens des sources de la joie :
Dans le gravier pur,
Dans la prairie verte,
J’emporte avec moi un monde d’oiseaux,
J’entraîne avec moi une chaîne de montagnes.
J’emporte avec moi le concert des merles
Des nids dans l’ombre des buissons.

 

Notre grand éveilleur vint un jour à Toulouse, en 1987 sans doute, Salle Nougaro, sur l’invitation de Philippe Berthaut. Et de lui et de ses textes qui furent lus en sa présence et par lui-même aussi, irradiaient une belle lumière, une certitude, une malice parfois.
Cette force compacte qui émanait de lui était bien celle de ses poèmes. Il était présent au monde et nous demandait aussi à nous de l’être, d’être combattant de la vie.
Avec si peu de mots pour un poème, Guillevic a pourtant fait œuvre d’évidence, de révélation des éclairs du monde, de la complexité de la réalité. Solitaire et partageur :
…Nous, figures, nous n'avons
Après tout qu'un vrai mérite.
C'est de simplifier le monde.
D'être un rêve qu'il se donne (Sphère, extraits Pyramide)


Il semblait avoir fait sienne cette définition du réel : « le réel c’est quand on s’y cogne » (Lacan). Il s’est cogné au réel et l’a transcendé en lumière, malgré l’effroi parfois des faits. 
Ce « monde qui nous écrase et nous exalte » il l’aura célébré sans cesse.
Quelques mots jetés comme des pierres et la beauté du monde est célébrée, sa malfaisance lapidée. Mais il ne se veut pas prophète ni gourou:


Regarde au verso des mots,
Démêle cet écheveau.


Guillevic voulait simplement nous apprendre à voir, avec la terre sous nos pieds et nos semblables à aimer :


La terre est sous nos pieds,
Solide, indifférente,
Heureusement. 
(Sphère, Poésie/Gallimard).

 

Lui, « le menhir vivant », discret, insensible aux honneurs, se méfiait du lyrisme, des illusions surréalistes aussi.
Lui trapu, ancré au sol, semblait immobile et mouvement à la fois.

« Nous sommes de l’immobile en mouvement, nous traversons la durée ».

Source Esprits nomades

"Rose,

ta parenté

avec les épines ?"

Pourquoi cette rose s'offre-t-elle à moi, qui n'ai rien fait pour elle ?"

Eugène Guillevic

Tag(s) : #La salamandre, #Livres de poésie, #Seghers

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