L’agnello arrosto du restaurant de Rome
A la Piazza di Spagna
Et la fontaine de Trevi en 1975
Et en 1976 la veille du 1er mai le loup au fenouil
De la brasserie de l’Odéon à Paris
Arrosé d’une bouteille de Pommard pour fêter ma réussite
Au concours Sncf de chef de bureau de gare de deuxième classe
La même année en juin
Lisant L’Empire américain de Claude Julien
Les délicieux filets de rougets grillés
Du petit restaurant d’Ayamonte
Sur la rive gauche de la Guadiana
Séparant l’Espagne de la révolution du Portugal
Où j’arrivais en train le lendemain
Lisbonne toute éclairée sur ses collines
Mais les cornets de frites bien chaudes
Sur les plages venteuses de Calais
Le sable cinglant nos jambes
Les îles flottantes de ma mère le dimanche
Blanches îles surnageant paisiblement
Sur la crème jaune comme sur le Pacifique
Et les crêpes si fines de ma grand-mère bretonne
Qu’on aurait dit de la dentelle
Et ses dattes figues noix fourrées à la pâte d’amande à l’approche de Noël
Le civet de lapin élevé et tué par mon oncle
Que ma tante cuisinait avec cette sauce noire de vin de sang et d’épices
Qui parfumait l’assiette
Les safranés que mon oncle ramassait par les collines à Tavernes
Et qu’elle conservait dans le vinaigre pour l’hiver
Avec un jour quelques petits oiseaux braconnés
Les croque-monsieur maison avec des biscottes du bon jambon de la béchamel
Et le gruyère râpé
La dorade royale du Sourd à côté du théâtre
Qu’on avait partagée avec Magot, Zeppi
Et quelques amis
L’ayant choisie dans le panier
Que nous présentait le maître d’hôtel
Et le rouge de Bandol
La soupe de poissons de roches
Que ma mère moulinait puis passait au tamis
Et ses brochettes de moules avec des petits lardons
Le turbot grillé de chez Pierre
Et sa sauce béarnaise
Rue Jean Jaurès à Montargis
Une poularde aux écrevisses à Saint-Benoît-sur-loire
Avec l’ami Eric
Attirés par l’abbaye romane et Max Jacob
L’oie farcie qu’on avait fait rôtir à la cheminée du gîte
Pour nos trente ans
L’année où Mitterrand est devenu président
Et le homard du Conquet face à la mer
Pour un anniversaire de famille
Le kig-ha farz de la dame du village où nous séjournions avec nos parents
Et les homards de Prat-Ar-Coum
Ô Bretagne !
Et les plateaux d’écrevisses pêchées au carrelet
A Vaux et conservées vivantes jusqu’au dimanche
Par des personnes qui nous aimaient
Dans la vieille lessiveuse plongée dans la mare
Et ses poules à la crème
Et ses blanquettes de veau
Et ses canettes aux jeunes petits navets
Et les asperges
Le jour de Pâques
Et les cailles aux raisins
La salade piémontaise
Et les tomates dodues dont elle enlevait la peau
Afin qu’elles soient plus fondantes
Et les vins de Bordeaux
Les frutti di mare tant désirés
Au bord de la mer d’Italie où on devrait passer sa vie
Petits poulpes petits chevaux de mer à la crinière grillée
Et les tapas le vino rosso de Barcelone
Dans les rues où la nuit ne tombe jamais
avec le dictateur de Charlie Chaplin au cinéma
Après la mort de Franco
La morue effilochée du quartier populaire de Lisbonne en 1998
pendant l’exposition universelle
Et le coq au Gevrey-Chambertin
En bord de Sarthe au terrain de Neuville
Les pigeons au chou dans la maison de Vendée
Les langoustes à Noël rue de Ballon
La sangria au champagne
Et les petites entrées traditionnelles
Des restaurants bon marché
Jambon Cornichons Radis beurres Crudités Œufs mayo Melon Rillettes du Mans Pâté de campagne
Harengs pommes à l’huile Poireaux vinaigrette Soupe de légumes Entrée du jour
Et les poulets Cuisses de dinde entrecôtes escalopes jambonneaux boudins noirs côtes de porc Saucisses frites plus l’ardoise
De tous les plats du jour de France et de Navarre
Et les Desserts au choix Fromage blanc Tarte aux pommes Flan caramel Salade de fruits Riz-au-lait Boules de glace
Sourire et Café compris
Les pans bagna de Nice entre la gare et l’avenue Gambetta
Pendant la coupe du monde gagnée par le Brésil
Les casse-croûtes tunisiens pour Dan et Isa
Les Steaks tartare du Splendid avec Christian Vandini
Qui remplaçait Chorda à l’OGC NICE
Et les premières choucroutes de la mer à La Foresterie sur la route de Laval
La Sainte Marie du 15 août à la Chebuette
Avec les parents Tatave et sa copine
Cuisses de grenouille Brochet de Loire beurre blanc Omelette norvégienne
Et Muscadet de la vigne du patron
Les Moules farcies à la catalane
De Francis Herrero sur le port de Toulon
Les Fish’n chips au coin de Hyde Park en 1979
Avec ma guitare et Margaret Thatcher
Et les sandwiches merguez des baraques installées
En face de l’arsenal
Le jarret braisé au miel de la petite Mairie
A Strasbourg en mission à la Direction Santé
Et les gaspachos de Cordoba en attendant le train de nuit
Pour Algéciras qui passait à 3 heures du matin
La curry wurst d’un quartier de Berlin
Qu’un géant proposait dans la rue
Portant à bout de bras son appareil de cuisson
Les oeufs meurette de la bourgogne sur la route de l’Alsace
A Auxerre aux Minimes de Semur-en-Auxois
Les escargots que nous ramassions
Dans la campagne brûlonnaise
C’est la sauce qui les fait manger
Encore avec Eric
Terrines Langues de bœuf CanardLe festin traditionnel à Cepoy
Village des cascadeurs Rémi Julienne et son fils Michel
Avec qui je sortais parfois le samedi soir
Il faisait déraper sa vielle Fiat sur les parkings
Et les clairières glacées du Gâtinais
Comme dans Mort d’un pourri
A Mignères-Gondrevile les chats se battaient dans le plateau de fromages
Et à Ecommoy la mère Rabache surveillant ses clients
De peur qu’ils ne lésinent à se servir copieusement du buffet
Epluchait ses légumes au vu et au sus de tous
En négociant le gibier que des chasseurs lui apportaient
Les oeufs pochés au foie gras
Lors de notre premier dîner chez Ricordeau
La marmite sarthoise dans les bonnes tables du département
Potée de trois viande blanches à la sauce Jasnières
Inventée par Claude Oréal le patron du grand cerf à Brûlon
Le couscous d’Anne-Marie pour les 80 ans de ma mère
Et celui que faisait ma tante à Fabrégas
Accroupie pour rouler la semoule dans le plat
Ayant ramené la recette d’Algérie
Les magnifiques steacks au poivre à la maison
Cet art du déglaçage avant d’incorporer la sauce
Avec des pommes de terre rissolées
Le gigot d’agneau piqué d’ail
Avec les haricots verts de l’oncle Maraîcher
La daube à la provençale et ses pâtes fraîches
Dans la vieille marmite de la vieille cuisinière du vieux Toulon
Quand nous étions jeunes
Et l’omelette aux herbes les quenelles sauce nantua les œufs durs épinards
Qui marquaient nos repas du vendredi soir au collège
Veille du jour de notre libération
Le pot au feu du restaurant de la place à Chevillé
Fêtant les retrouvailles de l’abbé avec les anciens de l’Ekip ado
Les ris de veau les coquilles saint jacques d’un restaurant de Romilly sur Seine
En déplacement professionnel
Le soufflé au grand Marnier des Rosiers de Coulaines
Les crevettes grises si fraîches sur le port d’Ostende
Sous un ciel d’aquarelle
Les petits goujons grillés à vaux
Que les pêcheurs attrapaient le dimanche
Quand le temps lourd du soir invitait
Les petits poissons à gober
Les appâts juste en surface de l’eau
Et le joli Tokay de Hongrie pour notre anniversaire de mariage à Budapest
La salade niçoise la soupe au pistou les beignets de fleurs de courgette
Que préparait la grand-mère de Dan sur les hauteurs de Civezza
Nous racontant ses aventures de cuisinière
A bord des bateaux de contrebande de cigarettes
Moi lisant « La structure absolue » de Raymond Abellio
Et le petit restaurant de l’anse de Méjean
Quand Jacques ouvrant les volets
M’avait dit « Tè, Sarcelles ! «
Et tous les flacons ouverts et appréciés
Et le pain frotté d’ail arrosé d’huile d’olive
L’anchoïade les artichauts crus l’aïoli du plateau de Valensole
L’accent comme une épice ultime
Et un goût de « revenez-y »
Tout ça, ça méritait bien d’être vécu !
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