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Pierre Tilman je l’ai rencontré à Toulon vers 1968 ou 1969 par l’intermédiaire de Serge Plagnol peut-être ou parce que nous fréquentions Le Neptunia avec notre petit groupe informel de la Mansarde J’ai passé une ou deux soirées avec lui On parlait il marchait en claquant des doigts dans la rue comme s’il y avait un  morceau de jazz qui swinguait à l’intérieur de lui On était allé à la Tomate à La Garde un espèce de truc néomoderne comme si on était à Los Angeles et au Victoria un bar sur le boulevard de Strasbourg dont l’entrée se situait à l'angle de la rue qui monte vers le Boulevard L’air la nuit à Toulon est extraordinaire Il est chaud et déjà un peu frais et on y vit ce que l’on a  l’impression d’avoir toujours vécu et en même temps on est ailleurs on est déjà parti on est en voyage on vit une vie imaginée et cette vie imaginée qui n’est pas la nôtre on voudrait croire que c’est elle la vraie vie et on peut y rester dedans beaucoup plus longtemps qu’après le cinéma  démasqués par la lumière crue de la place de la liberté on descend finalement assez vite de cheval ou du vaisseau spatial pour à nouveau se heurter aux angles de la banalité quotidienne  Quand je pense à Pierre Tilman et à l’œuvre qu’il déploie depuis que j’ai fait sa connaissance il y a presque 60 ans je pense à une ligne droite Il n’a pas fait de concession il dit lui-même que son style n’a pas changé qu’il écrit comme lorsqu’il avait 25 ans Il n’a que quelques croyances simples et robustes par exemple il pensait qu’à l’avenir après les années 70 il faudrait être très intelligent pour s’en sortir il m’a fait découvrir aimer le pop art la beat generation et le free jazz Alors j’avais regardé avec intérêt le travail de Warhol Lichtenstein Hockney et les peintres proches de lui qu’il connaissait Klasen Raynaud Le Boul’ch Monory et j’avais lu le festin nu le livre halluciné de William Burroughs dont seul aujourd’hui James Ellroy me paraît proche et j’avais écouté Ornette Coleman John Coltrane Archie Shepp On baignait après 68 dans un environnement favorable à tout ça mais Pierre Tilman a été un accélérateur et comme j’écrivais j’avais 17 ans j’avais modifié en conséquence mes sources d’inspiration 

Pierre Tilman a publié ces poèmes dans le numero 4 de Chorus SOLITUDE 

Et en même temps c’est-à-dire pendant le temps qui s’écoule entre le moment où le poème s’écrit et celui où il est publié s’est posée à moi la terrible question du rôle de l’art et de l’artiste dans la société du spectacle L’art et les artistes participaient-ils à ce renversement de la réalité opéré par les rapports de production faisant d’eux les complices de la séparation et de l’illusion généralisée ? Le temps de trouver la réponse à cette épineuse question ou d’apprendre au moins à la poser correctement je m’étais éloigné puis perdu  Je revins à moi un peu plus de 10 ans après et j’ai recommencé à écrire et à lire ce que Pierre Tilman écrivait Le bonheur est une décision Et après et après il y a eu internet et encore plus de choses à voir vidéos des poèmes des interviews sur des expositions et hier ou avant-hier j’ai visionné une vidéo avec des poètes dont certains que je connais comme Serge Pey  invités par la librairie Shakespeare & Co pour un hommage à la beat generation à Brian Gesyn William Burroughs dont le passage par Paris a été si fructueux Pierre Tilman a parlé de son premier bouquin La flûte de Marcus et il a précisé qu’à cette époque des années 60 il voulait s’approcher de cet esprit beat il cherchait cela Aussi a -il dit des poèmes de cette période et dans le poème il a évoqué les figures du Neptunia Jeannot le patron les frangins Herrero Raymond Boni Falco et Dédé Agostini tous héros d’un instant écrivains par destination et la femme qu’il aimait belle à vous couper le souffle et je nous revoyais Pierre Tilman claquant ses doigts et me confiant que parfois il ne voyait que des ombres Je nous revois marcher en écrivant avec ́nos pieds dans les rues tièdes à Toulon une certaine nuit de 1970 

 BG MAI 2026

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Stopper la répétition

Je ne suis pas de la génération de l’absurde, de l’angoisse, de l’ambiguïté. Encore moins de celle de la rage et de la plainte. Et encore moins de celle du message. Je ne déplore pas. Je ne prouve pas. Je parle clair.

Je parle clair, mais ce qui est tout de même gênant dans mon cas, c’est que je n’ai, pour ainsi dire, rien à dire. Toute affirmation me semble déjà faite. Comprenez-moi. Je suis du temps de la croissance économique et de la saturation. Rien à dire, beaucoup à répéter. Et de ce brouhaha guerrier, j’en ai plein les oreilles.

Le miracle, justement, ce serait de stopper la répétition, de ne plus parler une parole qui se tient et se complait dans l’ordre de la vitrine et du récipient.

Un écrivain peut ne rien dire, me rétorquerez-vous, mais il y faut la manière. Tout est affaire de style, n’est-ce pas ? De musique intérieure…

Et moi de répliquer, si je voulais faire de la musique, je jouerais du trombone à coulisse…De style, je n’en ai pas. Je n’en veux pas. Le style, c’est une infirmité. Des béquilles de luxe ! Je ne veux pas que l’on me reconnaisse. Les mots n’appartiennent à personne. Je fais comme tout le monde, j’écris le roman anonyme de la fin du XXe siècle.

Poème publié dans "le bonheur est une décision" Sgraffite éditions avec 22 dessins originaux d'Erik Dietman

Pierre Tilman à Sète, aux "voix vives"

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Tag(s) : #Tilman, #Voix vives
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