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La question me fut posée lors de la publication de poèmes dans les Cahiers de la rue Ventura (Dir. CL Cailleau). Voici la réponse qui figure dans le numéro 15.

La poésie m'a approché à la fin des années soixante. A 15/16 ans, on est encore moins sérieux qu'à 17. Elle vint à moi sous différentes formes : les chansons de Bob Dylan, le blues de Baudelaire, la finesse de Jean Cocteau, le son d’Apollinaire, mais aussi les reflets continus de la réalité quotidienne, les flux d'information, les affiches déchirées, les journaux, les bribes de conversation entendues dans la rue, le zapping de la radio. Ainsi, assez vite dans dans mes toutes premières années de poésie, je fus influencé par les poètes « du réel » comme Tilman, Venaille, Biga et aussi JP Klee. Il reste des traces dans mes écrits d’aujourd’hui - on me le reproche parfois- de ces efforts pour tenter d’y amener le prosaïque tintamarre du présent... Oui, je pense que la poésie doit tout embrasser, tout embarquer dans son voyage, être attentive au bruit de fond qui nous entoure pour qu’au-delà du simple constat qui nous en rendrait objectivement complice, le poème re-présente une vision du monde, lucide et, plus ou moins en creux, sans faire de fausse promesse, porteuse d’espoir.

La poésie rencontra aussi chez moi une certaine tristesse qui se prolongea bien au-delà de la période d’adolescence, une sorte de conscience métaphysique inconsolable.

La poésie est là pour nous faire du bien. C’est un outil de connaissance. Elle s’adresse au corps, au cœur, au cerveau. Mon esthétique est réduite au minimum : du son, du rythme, du sens. Parce que la poésie le permet, je tente de saisir simultanément tous les aspects de cette réalité physique, sociologique, métaphysique, merveilleuse en y mettant un peu d’ordre (au risque de me noyer !). Mais tant pis, je rejoins la rive et tente un nouvel effort : écrire, c’est toujours recommencer. On n’est jamais satisfait. On n’est jamais arrivé au bout de ce qu’on voudrait dire. Après 40 années de poésie, on sait très bien que ce qu’on a accumulé n’est rien au regard de ce qu’il reste à faire. Ainsi, comme le note Pablo Neruda, « la création est une roue constante qui tourne chaque fois avec plus de métier et de conscience, bien que peut-être avec moins de fraîcheur et de spontanéité. »

Bernard Gueit

Quelle est votre conception de l'écriture poétique ?
Tag(s) : #écriture, #Les cahiers de la rue Ventura
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