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À l’approche du trentième anniversaire de la mort de Xavier Grall, retourné vers la Maison du Père vendredi 11 décembre 1981, ceux qui ont côtoyé cet écrivain breton de son vivant et ceux qui ont découvert son œuvre plus tard, ressortent ses livres et retrouvent la voix belle et rebelle de ce grand lyrique désespéré dévoré par « le grand songe de Breiz ».

Qu’ils les lisent à voix haute et l’émotion ne tarde pas à les submerger. « Moi j’ai toujours été un braconnier de la chose écrite. J’ai jeté mon fusil dans tous les fourrés. Il y a des gardes-chasse qui en ont fait des jaunisses. Alors, ils ont eu ma peau. » Écoutez bien. Xavier Grall, ce n’est pas tant un style qu’une voix, une voix capable de faire sentir sa réelle présence parmi nous.

L’encre de ses livres n’a pas encore séché ; son souffle rauque, sa fièvre, sa folie et sa foi affleurent à chacune de ses lignes. Barde imaginé, 1968 : « J’avais été, j’avais été au temps naguère le sombre et ténébreux fils des landes. Oui, maintenant, je le savais, j’avais été l’héritier des tourbes noires, des fougères fauves cardées par le souffle de l’Ouest, j’avais été l’âme de la contrée boucailleuse et féodale. »

L’inconnu me dévore ou Lettre à mes filles sur l’amour de Dieu, 1970 : « Je voudrais réconcilier la vie avec la mort, le noir avec le blanc et crier encore mon espoir en la belle parousie, le jour où le Christ reviendra avec toute la noblesse de son cœur et de son corps restituer aux hommes les fragments de Dieu qui se sont en eux dissous. »

Stèle pour Lammenais, 1978 : « Viendront d’autres prophètes et beaucoup n’auront pas cette pureté de Féli qui le poussait à voir dans chaque homme vaincu et malheureux la dignité d’un dieu. Avec lui, disparaissait pour longtemps, si ce n’est pour toujours, l’alliance du pauvre et de l’apôtre, la connivence secrète et comme consacrée de la pauvreté et de l’Esprit – la fin du Moyen Âge. »

émotion

Dans d’autres li­vres, dans d’autres pages aux rougeoiements de lave en fusion, Xavier Grall évoque James Dean, l’horreur de la torture en Algérie, il raconte Mauriac journaliste, célèbre la Bretagne et ses mystères, il répond à Pierre-Jakez Hélias dont il brocarde Le Cheval d’orgueil, il chante Arthur Rimbaud et ses équipages, magnifie tous les damnés de la terre, dresse un tombeau à Bobby Sands, enfant humilié de l’Eire catholique broyé par Margaret Thatcher en mai 1981.

« J’ai juré de vous émouvoir – d’amitié ou de colère, qu’importe ? » avait rugi Bernanos dans l’introduction de la Grande Peur des bien-pensants. De cet avertissement magnifique, Xavier Grall aurait pu faire une maxime. Avec Chateaubriand, Nietz­sche, Bloy, Péguy, Rimbaud et Céline, il distinguait l’auteur de la Joie, « internatio­naliste bohémien, pauvre et mystique », comme l’une de ses influences. « Des écrivains assez furieux, observait ce père de cinq filles. De Rimbaud à Céline, c’est une part de la littérature que d’être un cri, un hurlement, un mécontentement devant la société. »

Un des premiers travaux journalistiques d’importance de Xavier Grall est une biographie en cinq volets de Georges Bernanos, publiée dans la Vie catholique illustrée à partir du 1er septembre 1957. Xavier Grall avait vingt-sept ans. Après des études au collège du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon, au collège de Saint-Malo, ce natif de Landivisiau, neuvième d’une tribu de dix enfants, avait fait le voyage jusqu’à Paris pour s’inscrire au Centre de Formation des Journalistes, d’où il était sorti diplômé en 1952.

Fils d’un ancien militant du Sillon, marqué par son éducation chez les Pères et par l’influence de la démocratie chrétienne, ce jeune Breton fut promptement embauché à la Vie catholique illustrée, devenu La Vie, un hebdomadaire auquel il est resté fidèle jusqu’au bout, malgré quelques moments de fâcherie et d’incompréhension avec la direction. C’est d’ailleurs à La Vie, que Grall a donné « Photos », son ultime chronique parue à Paris le 11 décembre 1981, le jour de sa mort en Bretagne.

À trente ans, Xavier Grall semblait avoir au­tant de souvenirs que s’il avait vécu mille ans. Dans sa poésie et dans sa prose, il s’est beaucoup souvenu de ses années « latines et orphelines » passées derrières les hauts murs d’institutions religieuses entre 1940 et 1950. « Ce n’est pas rien d’être né et d’avoir vécu en Bretagne dans ce temps traversé par la tragédie de la guerre qui ajoutait encore quelque pessimisme à l’éducation dans laquelle je fus tenu. J’ai l’impression de retrouver un océan de brumes, d’errer dans des vagues de nostalgie, de me noyer dans des abîmes de tristes­se. »

Plus marquants et plus terrifiants encore ont été les souvenirs de seize mois de service militaire passés dans un régiment de spahis au Maroc, en 1953-1954, et d’un rappel de trois mois en Algérie, d’août à no­vembre 1956. « Le regard du Christ lui-même, je le revois dans les yeux de ce fellah de Médéa torturé sous mes yeux », confiait-il quinze ans plus tard. De retour à la rédaction de la Vie catholique illustrée, Xavier Grall a coordonné une enquête sur les jeunes et la guerre d’Algérie à l’origine de son livre La Génération du djebel, publié en 1962, courageux recueil de témoignages sur les équivoques d’une guerre où la France a perdu son âme.

Catholique anticlérical

C’est Georges Montaron qui a invité ce Breton des tempêtes à participer à la rédaction de Témoignage chrétien à partir de l’automne 1963 en signant chaque semaine « L’Agenda TV de Xavier Grall… », une des plus fameuses chroniques du journal. L’écrivain restera fidèle à TC jusqu’à la veille de sa mort, mais comme avec la rédaction en chef de La Vie, il y a eu des orages et des nuits.

Catholique anticlérical en guerre contre les « prêtres fonctionnaires », Xavier Grall avait sur le Concile et sur la réforme liturgique des idées bien à lui. Renvoyant dos à dos les héritiers de Charles Maurras, « sec et raidi dans un catholicisme vidé de ses sources radieuses », et les curés marxistes dévots de la modernité, il cheminait sur une ligne de crête.

Interrompue au milieu des années 1960, sa chronique télévision a repris en février 1972, puis en 1980, à la suite d’une nouvelle coupure. Mais déjà les forces de Xavier Grall, atteint d’une maladie pulmonaire, avaient commencé à décliner. « Le journaliste en moi est en train de crever, écrivait-il à Pierre-Luc Séguillon, alors rédacteur en chef, dans les derniers mois de sa vie. Merci à TC de m’avoir toujours ouvert sa porte. Merci à toi pour ta confiance, ton sens de la fraternité, ton sourire […] Dieu nous a donné la vie pour que nous la vivions fortement. C’est fait. »

 

UNE VIE, UNE OEUVRE

 1930 Naissance à Landivisiau (Finistère), 
   le 22 juin

 1946-1949 Collège de Saint-Malo

 1952 Entrée à la rédaction de la Vie 
   catho­lique illustrée

 1956 Rappelé trois mois en Algérie

 1962 Mauriac journaliste (Cerf)

 1963 Premières chroniques dans 
   Témoignage chrétien

 1965 Le Rituel breton, premier recueil 
   de poèmes

 1977 Le Cheval couché (Hachette)

 1978 Stèle pour Lammenais (Éditions 
   Libres Hallier)

 1981 Solos et autres poèmes 
   (Calligrammes). Mort à l’hôpital de 
   Quimperlé, le 11 décembre

 1989 Xavier Grall, biographie de Yves 
   Loisel (Jean Picollec)

 2010 Parution de ses Œuvres poétiques   
  (Éditions Rougerie)

Sources : Témoignage chrétien

Xavier Grall
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Tag(s) : #Livres de poésie
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