Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Grands Ensembles

 

Prends moi la main
Accompagne moi ô muse
Dans ces nouveaux espaces
Dans cette nouvelle forêt de béton et bitume
Dans ces nouveaux villages
Où je ne reconnais plus rien
Et où personne ne me connait

Qui suis-je à l’orée de ces palais immenses
Où je cherche le café refuge
Les jardins maraîchers
Le garage à vélos
Les clapiers au fond de la cour
Le chien sautant
A la rencontre du facteur

Qui suis-je dans le plan rectiligne
Où tout est pensé
On a réfléchi pour moi
C’est un fait
Avant on s’entassait à plusieurs dans la chambre
Là c’est plus grand c’est bien

Mais c’est cher et c’est loin de Paris


On nous appelle cité dortoir
Le jour n’y vivent que les femmes et les enfants
Quand les hommes sont partis au travail
Immeubles aux 1000 fenêtres
Cité aux 40 000 voisins
Les jeunes s’y ennuient le dimanche

A Paris on faisait le tour du square


Disent-ils
Traînant en bande
Et s’il n’y avait pas le club des jeunes ?
Ils rient on serait tous en prison
Et vous ? Ah non c’est mieux
On a le confort ici
Avant j’habitais Toulouse

 

Ici il  y a du travail
Des écoles
Il va même y  avoir une grande surface
C’est beaucoup mieux
La banlieue
Le seul problème
Ce sont les transports

 

Qui suis-je ?
Un numéro sur un palier
Ici pas d’usine pas d’atelier
Mais les architectes ont pensé à tout
Ils appliquent la charte d’Athènes
C’est structuré c’est fonctionnel
C’est ici que vivent

 

Dans une symphonie de barres et de tours
Les plus nombreux
Des jeunes français
C’est ici que l’avenir se loge
En construction de masse
Préfabriquée sur des terrains
De faible valeur foncière


C’est ici qu’on théorise l’urbanisme
En innovation sociale et politique
Le projet des villes nouvelles
Un nouveau mode de vie  
Porté par le bonheur matériel
C’est ici que des films racontent
L’édification d’une cité idéale


Mais on s’y fait
On se fait à tout
Et chacun se racontera
Son  histoire à lui
Et plus tard
Témoignera
Contre les idées reçues

 

L’erreur des représentations
C’était donc ça la vie (et ce n’était pas ça la vie)
Des grands ensembles
Et le vent s’engouffrant dans les coursives
Les ascenseurs s’envolant vers le ciel
Les mobylettes devant le hall d’immeubles
C’était donc ça la vie

 

On n’était pas fait pour ça
Ecrivit Pierre Tilman
Poète toulonnais
Mais de quelle vie parlait-il
A ce moment précis
Entre De Gaulle
Et la guerre d’Algérie
Es-tu là France es-tu bien là ?


Oui bien sûr je suis là
Les pieds dans la boue
La tête haute vers le soleil
Au pied des tours
Nouvelles montagnes d’Auvergne
Je suis là et  j’observe
Cet immense chantier

Que veux-tu C’est bien moi que tu vois
Aussi dans ces cages à lapins
Comme dit ma grand-mère
Le monde change
Moi aussi je change
On ne peut plus vivre comme avant
La France se doit de loger ses enfants

Sais-tu que moi la France
Oui moi celle que tu connais
Ou crois connaître
Je me sens souvent schizophrène
Déchirée
Entre innovation et clichés
Coincée

 

Comme entre mer et montagne
Entre République et Nation
Entre ceux qui pensent
Et ceux qui vivent
Entre ceux qui rêvent
Et ceux qui souffrent
Parfois les mêmes

 

Parfois bien différents
Indifférents
Les uns aux autres
Chaque partie de moi
Ne connaît l’autre
Qu’au travers des médias
D’où tu parles

 

Ils parlent tous du même endroit
Ce n’est pas une bouche d’ombre
Ni de métro
C’est la Vox que l’on prête
A ceux qui ne parlent pas
La grande voix du peuple
Autoproclamée


Que parlent ses représentants
Sur les ondes
Qui se propage
De bouche à oreille
Comme le grand murmure
D’une époque qui voudrait
A tout prix être heureuse

Miroirs ! Ô miroirs
De la vie
De l’histoire
Saurez-vous me dire qui je suis ?
Ce récit, c’est le mien ?
Avais-je le choix ?
Ai-je choisi ?

Extrait de Monument Aux Mots Pour La France (B Gueit)

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :