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Ce matin, encore agité par les rêves tumultueux de l’aurore, je ne t’ai pas entendue monter l’escalier. Ce signal qui me renvoyait à la vie quand tu n’avais pas passé la nuit sur la table de chevet et t’étais déjà chargée de me réveiller, c’était mon clairon de soldat, un appel auquel je ne pouvais me soustraire, un moment redouté et tant attendu. Se lever chaque matin en ressuscitant d’entre les morts, c’est échapper aux fantômes de l’ombre et jamais tu n’as failli à m’arracher à leurs griffes.
Tu étais un chat. Un vieux chat. Et vieille. 18 ans. L’âge où l’on passe son permis de conduire et va à la guerre. Tu arrivais à vivre sans ça. Facile et d’instinct. Une vie faite d’habitudes, de repères, de changements réguliers quoiqu’imprévisibles. D’affection, d’écoutes et de silences qui en disaient long. Tu aimais être avec nous, au fur et à mesure que la journée s’étirait, au jardin, à table, au salon, dans la chambre. Tu nous accompagnais tout au long de la soirée. Par-dessus tout - ou était-ce moi- tu aimais me tenir compagnie quand je lisais sur le canapé de la salle de séjour et ainsi tu n’as rien perdu de la césure épistémologique chère à Althusser, ni des  bords de Seine que nous arpentions en compagnie du commissaire Maigret dans les années cinquante au milieu des mariniers. Chat ! Ainsi je t’appelais parfois afin que tu saches bien toute l’estime que j’avais pour toi et combien je tenais à toi. Alors tu te frottais à mes jambes, regardais  à travers la porte-fenêtre, te tournais vers moi. J’y va-t-y, j’y va-t-y pas ? Chère indécision. Ce serait si bien d’être dehors et dedans à la fois. Ce n’est pas pour nous vanter, mais jamais nous ne t’avons laissée seule. Ou peut-être un jour ou deux, peinarde avec toute la maison pour toi. Et puis il y avait les crevettes dont le simple mot prononcé aiguisait déjà tes papilles ! Hélas, nous autres vivants, nous savons que nous sommes mortels. La mort, c’est le prolongement de la vie, mais d’une autre façon. Un mal te prit, tu t’arrachas les poils du ventre, respirais avec difficulté, peinais à monter et descendre l’escalier. Un matin, un samedi, jour anniversaire de notre mariage, tu émis un cri alors qu’après être venue me chercher dans la chambre tu en étais aussitôt redescendue sans m’attendre. Tu avais choisi. Bien que préparés, nous étions forcément en panique. Ta maitresse assura, comme d’habitude, le panier –et t’y faire monter !- pour t’emmener en urgence chez le vétérinaire de Mareil.  « Vous permettez que je sois ému «  lui dis-je, et toi !
Mimine, ce n’est que le premier, il y aura bien d’autres dimanches sans toi, et pourtant joyeux, colorés, parfois bruyants, ensoleillés ou très calmes, comme quand tu étais là. Mais celui-là aujourd’hui, je te le dédie de tout mon cœur caressant.

Brûlon le 3 juin 2018

Un dimanche sans Mimine
Tag(s) : #Chat

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