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De sa naissance à sa mort, et plus loin, jusqu’à nous, Reverdy n’a jamais bougé. Je veux dire qu’il n’a jamais reculé, n’a jamais cédé un pouce de terrain, n’a jamais transigé sur un mot. A rejeté les masques, les travestis, les rôles et l’attirail de la pitoyable comédie des Lettres. Aujourd’hui encore, ici, avec nous, il s’étonne, il s’insurge, je l’entends qui gronde. Il est seul. Il est le seul. Il reste le plus vivant, le plus offensif des morts. Ouvert, et le plus libre, le plus échancré dans l’ouvert. Il n’est pas lu, il est présent.
On ne fait pas un pas sans croiser sa route.........

relever sa trace, rencontrer son souffle, la violence de son souffle. Toute l’œuvre, et chaque pan, chaque vers imprègnent les fragments du monde où nous respirons. Ça coule et ça coupe, et ça vibre. Ça détruit grain par grain, trait pour trait, le masque qu’on nous applique, le crépi de la bêtise, les maillons de l’exégèse, et le mur de la prison.
Jacques Dupin, à la rencontre de Pierre Reverdy et ses amis, Fondation Maeght, 1970, n.p.

 

[...] un poète dont l’œuvre montre avec évidence que la poésie lui était quelque chose de l’ordre du pain quotidien ou de l’air qu’on respire (à tel point incorporée qu’un rayonnement salubre émanait de toute sa personne jusque dans ses moments les plus noirs), c’est ce qu’avait été Pierre Reverdy. S’il n’a pas eu autant d’audience qu’il le méritait, n’est-ce pas en raison de cette authenticité même, excluant de son œuvre tout brio et l’amenant, dans ses rapports avec le milieu des lettres, à se conduire volontiers comme un paysan du Danube, voire comme un Iroquois. Mais le côté journellement vécu de sa poésie où réalités du dehors et du dedans se répondent sans chatoiements de vocabulaire ou de syntaxe, l’allure qu’elle revêt d’angle de vue sous lequel le monde est une fois pour toutes appréhendé plutôt que celle de refonte qu’on choisit de lui imposer, de glose dont il est le prétexte ou de réflexion sur ce que sa marche nous fait subir a été une leçon pour maints poètes de la génération qui l’a suivi et porte encore les fruits chez certains, qui peut-être l’ignorent.

Michel Leiris, in Pierre Reverdy, 1889-1960, Hommage, sous la direction de Maurice Saillet, Mercure de France, 1962, p. 130.

 

L’univers de Reverdy a pour modèles la limpidité hivernale, les merveilles du givre, l’éblouissement des cascades, ou, par moindre bonheur, les voiles de la pluie, la fuite des nuées, les lueurs des vitres.
Son ambition n’a pas été de bâtir dans ses vers le vaste et noble édifice dont Claudel et Saint John Perse se sont faits les architectes successifs ; pas plus que d’apprivoiser le dehors grâce à un chant savamment assourdi, comme Supervielle. Le fond de l’expérience humaine de Reverdy semble avoir été sombre, et peut-être s’est-il agi pour lui avant tout de rendre sa vie plus respirable (« Et tout le poids de ce ciel gris est soulevé »). Le poème est un état de la réalité non pas plus ferme, durable (comme d’autres le pensent), mais au contraire plus précaire, plus hasardeux ; et plus intense : « ce que le feu est au bois ».
Ne nous étonnons donc pas de trouver dans les livres de Reverdy le reflet de cette merveilleuse et fragile limpidité entrevue comme le plus bonheur et, par-dessus le grondement d’un désastre qui s’aggrave avec le temps.

Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe
Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe
Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe
Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe
Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe
Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe
Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe
Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe

Le chant des morts, illustré par Picasso, expo à Sabl2-sur-Sarthe

Tag(s) : #Livres de poésie, #Solesmes

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