Ce court extrait du poème intitulé pour l'instant "Le Monument aux Mots pour la France" traduit l'intention de ce poème. L'écriture est en cours et avance globalement pas trop mal (48 pages à ce jour, même si ce n'est pas la quantité qui compte, c'est encourageant) .
En plein mitan du siècle
J’écoute le cœur d’un vieux pays
je me retourne sur ces années
je reviens sur les lieux du crime
au bout d’une longue marche
en costume d’époque
avec les mots que je connais
d’aujourd’hui
et tout ce qu’il me faudrait désapprendre
pour mieux cueillir ton souffle
mieux te comprendre
Ô mon pays la France depuis 1951
Je chanterai, avec ta permission
le poème qui fut écrit par plusieurs mains
dans la seconde moitié du 20ème siècle
pour toi pour moi
pour donner un sens à tout ça
ne plus rêver à perte
et construire bravement
le Monument aux Mots
où des conteurs viendront
raconter nos histoires.
Je sais d’avance la fatigue
qui pourra me prendre
le découragement qui guette à chaque pas
mais je tiendrai je t’en fais le serment
C’est une montagne ce poème !
Et combien diront : « ce n’est pas un poème ! »
Alors si je me sens tout près de renoncer
si mon pied me fait défaut dans la montée
si mon souffle se retient pour des questions
d’économie de la personne
ou pis encore si près d’abandonner
à cause des critiques
j’invoquerai Pétrarque
dans l’ascension du Mont Ventoux
et Marina Ivanovna Tsvetaieva
pour son poème de la montagne
et son poème de la fin
dédié à son amant Constantin Rodzévitch
qui jamais ne renoncèrent.
Le poète ne peut qu’écrire
le devoir de tout révolutionnaire
est de faire la révolution
celui du boulanger
de faire le pain du village
et celui du poète
de faire le pain révolutionnaire des poèmes.
Le poème n’est pas l’histoire, il est le récit de l’histoire
le poème n’est pas la vie il est le récit de la vie.
Je me chauffe
je m’encourage
mon stylo durcit ses muscles
en faisant des longueurs sur la page
ce poème est une enquête
il est plein de rebondissements
quand on ouvre les archives du cœur
il n’y a pas que du raisonnable
j’ignorais tout du lien
qui m’unit à la France
Je faisais confiance aux explorateurs
et aux saxophonistes
pour retrouver leur chemin
avec les miettes d’un pays
A quel pays du monde appartenait
cette vision en morceaux ?
Etais-je du Nord
immensément riche et assassin ?
Etais-je de l’ouest
du soleil mort et des drogues nucléaires ?
Etais-je de l’Est
derrière les fumées de la nuit ?
Etais-je du Sud
plein d’odeurs et de sang ?
J’ignorais que mon pays et moi
fussent tout cela à la fois
et bien plus
car pour chanter il faut aimer
il ne servait à rien non plus de s’arc-bouter
à des racines imaginaires
provençales de Bretagne
ou à celles de mon « pays d’accueil »
(Identité ! Quand tu cherches tes racines
prends garde à ne pas t’enterrer !)
Je n’avais pas compris
que j’étais de tous ces endroits à la fois
Moi, mon coin, c’est la France
mon époque c’est la fin du 20ème
et un peu plus, à la grâce des Dieux
et je ne savais pas
que je chanterai moi aussi
mon pays et le mal du pays.
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