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Leopold Sedar Senghor

 

Si la guerre du Rif, qui posait de façon aigüe la question coloniale, n’inspira pas les œuvres des surréalistes mais seulement leurs pamphlets (et leurs pamphlets ne font-ils pas partie intégrante de leur œuvre ?), la décolonisation  fut un thème dont s’emparèrent avec force et talent beaucoup de poètes. Soit parce qu’ils étaient directement concernés en tant que « colonisés », soit parce qu’ils se sentaient humainement solidaires des peuples asservis.

Et bien  qu’historiquement le mouvement géopolitique de décolonisation se déroulât après la deuxième guerre mondiale (les puissances coloniales, dont la France, ayant perdu de leur force et de leur prestige), la lutte avait commencé bien avant et les poètes en avaient été souvent les éclaireurs.

Politiquement, le sujet est compliqué et sujet à controverses.

Parmi les poètes les plus connus, il y a bien sûr Aimé Césaire et Léopold Sedar Senghor.
Et il faudrait parler aussi de Léon Gontran Damas.

En effet ce sont ces trois poètes qui en 1935, à Paris, fondèrent l’étudiant noir, creuset du mouvement intellectuel qu’on a appelé la Négritude  et qui s’opposait à la domination de la société occidentale sur la vie des peuples colonisés.

 

3 hommes, 3 copains, 3 poètes, 3 esthétiques, 3 destins.

Commençons par ce qui les rapproche : le plus âgé, Senghor est né en 1906, Césaire en 1908 et Damas en 1912. En 1935, tous trois avaient moins de trente ans et le plus jeune d’entre eux, peut-être le plus impétueux, à peine plus de 20 ans.

Nés à Basse-pointe pour le martiniquais, à Cayenne pour le guyanais et à Joal, au sud-est de Dakar pour le sénégalais, nos trois poètes ont vu le jour au sein de pays dont la colonisation commença avec leur découverte par l’occident. Des pays qui connurent déportation et esclavage et sur lesquels la France exerçait sa domination administrativement plus organisée depuis la deuxième partie du 19 ème.

Leur milieu social d’origine, moins modeste que celui d’autres enfants de leur âge dans leur pays, était relativement instruit ou considérait que l’instruction était essentielle dans l’éducation : la grand-mère d’Aimé Césaire savait lire et écrire, ce qui était assez rare pour des femmes de cette génération aux Antilles, le père de Senghor était un commerçant catholique aisé, Damas fut envoyé en Martinique faire ses études secondaires.

Mais le point qui les rapproche le plus est le fait qu’ils aient pu, grâce aux bourses de la république, venir faire des études supérieures à Paris et qu’ils furent accueillis chez  Paulette Nardal, femme de lettres martiniquaise, (songez que nous sommes à Paris, France, dans les années trente !) qui provoquait chez elle les rencontres d’écrivains noirs vivant à Paris et qui fonda en 1931/32 une revue bilingue intitulée « la Revue du Monde Noir ».(the Review of the Black World »

Cette revue, dont la devise était :

Pour la Paix, le Travail et la Justice.

Par la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

 

et ceux qui l’animaient eurent une influence considérable sur nos jeunes gens.

 

Paulette Nardal eut ces mots, non dénués d’humour :

« Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avons brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelles, nous n’étions que des femmes ! Nous avons balisé les pistes pour les hommes. »

 

Né à Joal, au Sénégal, le 9 octobre 1906, Léopold Sédar Senghor fait ses études à la mission catholique de Ngasobil, au collège Libermann et au cours d'enseignement secondaire de Dakar, puis, à Paris, au lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. Il est reçu à l'agrégation de grammaire en 1935.

Tout en enseignant les lettres et la grammaire au lycée Descartes à Tours (1935-1938), il suit les cours de linguistique négro-africaine de Lilias Homburger à l'École pratique des hautes études et ceux de Paul Rivet, de Marcel Mauss et de Marcel Cohen à l'Institut d'ethnologie de Paris. Nommé professeur au lycée Marcellin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés en 1938, il est mobilisé en 1939 et fait prisonnier en juin 1940. Réformé pour maladie en janvier 1942, il participe à la Résistance dans le Front national universitaire. De 1944 jusqu'à l'indépendance du Sénégal, il occupe la chaire de langues et civilisation négro-africaines à l'École nationale de la France d'outre-mer.

L'année 1945 marque le début de sa carrière politique. Élu député du Sénégal, il est, par la suite, constamment réélu (1946, 1951, 1956). Membre de l'assemblée consultative du Conseil de l'Europe, il est, en outre, plusieurs fois délégué de la France à la conférence de l'UNESCO et à l'assemblée générale de l'ONU. Secrétaire d'État à la présidence du Conseil (cabinet Edgar Faure : 23 février 1955 - 24 janvier 1956), il devient maire de Thiès au Sénégal, en novembre 1956. Ministre-conseiller du gouvernement de la République française en juillet 1959, il est élu premier Président de la République du Sénégal, le 5 septembre 1960. Ses activités culturelles sont constantes : en 1966, se tient, à Dakar, le 1er Festival mondial des arts nègres. Réélu Président de la République en 1963, 1968, 1973, 1978, il se démet de ses fonctions le 31 décembre 1980.

Léopold Sédar Senghor est médaille d'or de la langue française ; grand prix international de poésie de la Société des poètes et artistes de France et de langue française (1963) ; médaille d'or du mérite poétique du prix international Dag Hammarskjoeld (1965) ; grand prix littéraire international Rouge et Vert (1966) ; prix de la Paix des libraires allemands (1968) ; prix littéraire de l'Académie internationale des arts et lettres de Rome (1969) ; grand prix international de poésie de la Biennale de Knokke-le-Zoute (1970) ; prix Guillaume Apollinaire (1974) ; prince en poésie 1977, décerné par l'association littéraire française L'Amitié par le livre ; prix Cino del Duca (1978) ; prix international du livre, attribué par le Comité international du livre (Communauté mondiale du livre, UNESCO, 1979) ; Prix pour ses activités culturelles en Afrique et ses œuvres pour la paix, décerné par le président Sadate (1980) ; médaille d'or de la CISAC (Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs) ; premier prix mondial Aasan ; prix Alfred de Vigny (1981) ; prix Athénaï, à Athènes (1985) ; prix international du Lion d'or, à Venise (1986) ; prix Louise Michel, à Paris (1986) ; prix du Mont-Saint-Michel, aux Rencontres poétiques de Bretagne (1986) ; prix Intercultura, à Rome (1987).

Il est docteur honoris causa de trente-sept universités, dont Paris-Sorbonne, Strasbourg, Louvain, Bordeaux, Harvard, Ifé, Oxford, Vienne, Montréal, Francfort, Yale, Meiji, Nancy, Bahia et Evora.

Il est membre correspondant de l'Académie bavaroise (1961) ; membre associé (étranger) de l'Académie des sciences morales et politiques (1969) ; membre (étranger) de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux ; membre (étranger) de l'Académie des sciences d'outre-mer (1971) ; membre (étranger) de The Black Academy of Arts and Letters (1973) ; membre (étranger) de l'Académie Mallarmé (1976) ; membre (étranger) de l'Académie du royaume du Maroc (1980).

Il est élu à l'Académie française, le 2 juin 1983, au fauteuil du duc de Lévis-Mirepoix (16e fauteuil).

Mort le 20 décembre 2001.

 

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