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Paol Keineg

Au début des années 1970, il écrit la pièce de théâtre « Le printemps des bonnets rouges ». Un succès auquel il a tourné le dos en partant pour l'Amérique.

Trente-cinq and après, de retour dans ses Monts d'Arrée, Paol Keineg écrit encore et encore. Pour dire son pays, dénoncer l'injustice, relier les fils de sa propre histoire. Un poète majeur reconnu loin de son Finistère.

« Le succès m'a fait très peur. Je cherchais autre chose »

Quimerc'h, sur les flancs des Monts d'Arrée au cœur du Finistère… Ici, vit un poète. Une très grande voix de la Bretagne et du monde, un homme de franche parole. Son nom, Paol Keineg, pourrait figurer dans tous les manuels scolaires près de Guillevic, René-Guy Cadou, René Char, Aimé Césaire qui lui donna l'envie d'écrire. Cela s'en est fallu de peu mais… « Le succès m'a fait très peur. Je cherchais autre chose », confie-t-il très tranquillement.

Le succès ? Il vint de sa pièce de théâtre, Le Printemps des bonnets rouges, à l'orée des années 1970. Il a à peine 30 ans, a déjà publié plusieurs recueils de poèmes quand le metteur en scène Jean-Marie Serreau l'invite à écrire pour le théâtre.

La pièce créée à Vincennes vient en Bretagne. Partout, elle connaît un immense retentissement. « Avait-on jamais vu cela à Brest? s'interroge notre confrère Bernard Boudic, dans Ouest-France du 27 octobre 1973. Une levée en masse de spectateurs inhabituels, accourus de Lesneven, de Landerneau par troupes entières. Impatients, attentifs, saisis, stupéfaits. »

L'histoire de la révolte des Bretons du siècle de Louis XIV répond en écho à la lutte autonomiste, voire indépendantiste, de l'après Mai-68. Louis XIV parlait un peu comme de Gaulle. « J'étais dans l'air du temps », rappelle Paol Keineg.

« Ce fut une expérience formidable. » Mais, comme il le dit, il voulait « être un bon poète ». Et il a fait « des sacrifices pour rester honnête avec lui-même ». Être le porte-voix de la Bretagne, ce n'était pas pour lui.

Il a pris son bagage, s'est installé au pays de Galles, s'est marié, a eu deux enfants, Goulven aujourd'hui documentaliste au Muséum d'histoire naturelle de Londres, et Katell qui poursuit une belle carrière de chanteuse aux carrefours du folk et de la pop…

 

Du pays de Galles, il a cinglé vers l'Amérique. Il y est devenu prof de lettres à l'université de Duke, en Caroline du Nord. Il a fondé une autre famille, connu les drames des disparitions… Tout au long de ce temps, il n'a jamais cessé d'écrire. Il fut lyrique pour chanter la Bretagne : « Ceci est mon pays, non pas un autre, profond, ardent, cinglant, comme les autres/et je décortique chaque voyelle de son nom interdit. » Il se fait plus intimiste pour révéler ses rêves : « C'est l'hiver. Devant l'arbre de glace, je m'invente une mer très verte, dans le vent du Nord, je suis goéland qui lutte et tombe dans le goémon. »

Désabusé ? Non, je n'ai jamais été abusé

Le poète breton Pierre Tanguy, l'un de ses lecteurs attentifs, parle de « mue ». « À un certain lyrisme a succédé une écriture plus sèche [...], très décalée, à rebrousse-poil, jetant un regard oblique, parfois désabusé sur la Bretagne. »

Voici six ans, retour au pays natal. Qu'a-t-il vu de changé ? « Les jeunes qui apprennent le breton dans les écoles le parlent de façon naturelle. Ce n'est plus le même acte militant que celui de notre époque. » La politique l'intéresse-t-elle encore ? « Je cherche autre chose », répond-il après réflexion.

Serait-il désabusé ? « Non, car je n'ai jamais été abusé. » Désenchanté ? « J'ai pu l'être. Mais je ne suis pas amer. » Pas serein non plus : tant qu'il y aura une injustice, « je protesterai ». « Je vois la misère. Elle avait disparu et elle revient avec force. »

Et la poésie ? « C'est une exception française: le peu de place qu'on lui réserve. » Rageant pour Paol Keineg qui, voici quelques semaines, était invité à Belgrade. « Là-bas, on a traduit en serbe un de mes poèmes écrit en breton », s'émerveille-t-il.

Voici quelque temps, c'était un de ses recueils traduit en brésilien. Dans un coin de sa tête, fait son chemin l'idée d'un festival international de poésie à Brest. « Ça me manque de ne pas pouvoir échanger. »

Il y a quelques mois, il a publié Mauvaises langues, recueil écrit comme un journal. Il y a des vers douloureux : « Reste qu'il est difficile de prendre congé des bonheurs du passé » ; « Le pays pour lequel j'aurais donné ma vie n'est pas devenu un pays » ; « Le bonheur est là mais ce n'est pas assez. » On y voit un homme de 70 ans qui renoue les liens avec ceux qui l'ont précédé : « Je recherche la petite place de mon grand-père. »

Et toujours l'invitation au rêve : « Où croyez-vous que je m'absente quand je m'absente, mal reçu et apaisé. » « Je ne veux pas trop expliciter », glisse-t-il. À nous de peupler les blancs.

De Ouest-France : 

https://www.ouest-france.fr/culture/livres/paol-keineg-poete-universel-de-sa-terre-bretonne-3882131

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Tag(s) : #Bonnets rouges, #Bretagne

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