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Stopper la répétition

Je ne suis pas de la génération de l’absurde, de l’angoisse, de l’ambiguïté. Encore moins de celle de la rage et de la plainte. Et encore moins de celle du message. Je ne déplore pas. Je ne prouve pas. Je parle clair.

Je parle clair, mais ce qui est tout de même gênant dans mon cas, c’est que je n’ai, pour ainsi dire, rien à dire. Toute affirmation me semble déjà faite. Comprenez-moi. Je suis du temps de la croissance économique et de la saturation. Rien à dire, beaucoup à répéter. Et de ce brouhaha guerrier, j’en ai plein les oreilles.

Le miracle, justement, ce serait de stopper la répétition, de ne plus parler une parole qui se tient et se complait dans l’ordre de la vitrine et du récipient.

Un écrivain peut ne rien dire, me rétorquerez-vous, mais il y faut la manière. Tout est affaire de style, n’est-ce pas ? De musique intérieure…

Et moi de répliquer, si je voulais faire de la musique, je jouerais du trombone à coulisse…De style, je n’en ai pas. Je n’en veux pas. Le style, c’est une infirmité. Des béquilles de luxe ! Je ne veux pas que l’on me reconnaisse. Les mots n’appartiennent à personne. Je fais comme tout le monde, j’écris le roman anonyme de la fin du XXe siècle.

Poème publié dans "le bonheur est une décision" Sgraffite éditions avec 22 dessins originaux d'Erik Dietman

Pierre Tilman à Sète, aux "voix vives"

Tag(s) : #Tilman, #Voix vives

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