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Un jour nous passerons sous la lumière et nous vaincrons les taureaux d'ombre

Nous descendons des Dieux.

Peut-être ce souvenir de puissance

Cet orgueil, cet inconnu aussi en nous

qui nous pousse en avant

Nous cherchons à comprendre ce petit bout d'étoile fêlé au coin du front

Nous sommes les peuples de la mer

habitués à nous battre avec l'écume

la parole des vents

à aimer les très grands poissons

Nous portons le souvenir de l'eau au front

un très vieil hippocampe,

une pieuvre au regard vert

Nous nous sommes apprivoisés tout seul

Qui nous l'aurait appris ?

dans la douceur des vagues

ce très ancien remue-ménage au fond des eaux

Nous en faisons une maison de voyage

et nous voguons toujours vers l'Ouest

comme pour fuir notre naissance

ou faire le tour de nous-mêmes, de bout en bout,

Voguons !

Nous commençons seulement

à parler

par nous mêmes

et pour nous-mêmes

Nous nous faisons peur

avec ces mots pas encore à nous

ces bruits du coeur

ces images remplies de sang

Un jour

nous passerons sous la lumière

et nous vaincrons

les taureaux d'ombre

Un jour les étoiles

se rapprocheront de nous

à nous toucher

dans leurs bras bleus scintillants

Nous commençons seulement

à compter les jours

qui nous séparent du début

et nous rapprochent de la fin

Alphabet nous avons écrit

sur les murs

des chants sacrés des paroles funèbres

Nous avons porté nos morts

à bout de bras jusqu'à l'éternité

l'éternité du désert

où le temps ne passe plus

qu'à dos de chameau parfois

Où le vent charrie nos souvenirs si anciens

qu'ils retombent en poussière

Survivent les images

dans nos livres de pierre

de reines si belles et si mystérieuses

retournées à leur paradis en secret

On les croise parfois encore en rêve

quand elles rêvent de leur terre de sable

Alphabet tu montes au ciel

et en redescends aussitôt les mains vides

Alphabet le début du monde

balbutié par un enfant

abandonné sur le Nil

Le fleuve cette fracture qui s'écoule

Le fleuve et sa présence humaine du fond des âges

Le fleuve et son âme dorée dans les remous

Le fleuve et ses bonds dans les roseaux

Le fleuve au ressac intérieur

à la houle souterraine

Le fleuve qui parle comme un homme en crue

Le fleuve et son discours impétueux

sa parole généreuse

Le fleuve noyé dans ses pensées

Le fleuve et ses débordements de larmes

ses émotions incontrôlées

ses éclats de voix ses écailles de lumière

Le fleuve à la gaieté jaillissante parfois

sa cour d'oiseaux

ses poissons sages pêchés sous l'arc-en-ciel

Le fleuve dans l'éternelle jeunesse du fleuve

l'eau de l'instant vers l'océan éternel

Les rivières meurent parfois dans la gorge

jamais les fleuves

aiguisés par le puissant aimant de la mer

Les fleuves aux joues d'algues vertes

creusées sous les yeux des berges

Les fleuves et leur lit d'impatience sous la lune

Désormais Dieu est parmi nous

un morceau de notre coeur

une étoile de mer échouée dans nos corps translucides

et sa parole est de corail

Désormais il faudra justifier toutes les guerres

et la durée du travail

Petite fourmi en exil

tu comptes les grains de sable

tu voudrais déplacer les montagnes

ne compte que sur ta voix

Derrière la cigale et son souffle

petite fourmi qui s'essouffle

ton drapeau est celui des sans voix

Quels cris derrière la montagne ?

Où sont les combats, les coqs, les armées ?

Dans quel lit s'établissent les présages ?

L'histoire est à vos pieds

comme un loup docile

Elle mord dans le futur de vos doigts

et dévore vos projets

Un loup immense couché dans son ombre

qui prédit l'avenir

en hurlant à la lune

Le ciel est à ce point saturé d'images, celle du loup historique couché dans son ombre, celle des étoiles en fuite à la pointe du jour, celle des entrailles, celle des femmes tziganes, celle des guitares en feu près des roulottes, celle des pleurs crépitant dans la braise, celle des miroirs, celle des chevaux fumants noirs sous la pluie, celle des musiques qui tanguent doucement, celle des chants murmurés bas en rythme, psalmodiés dans le vent, accompagnés des vagues, O Marins, O Sirènes, O Nous tous égarés.

Les éphémères se serrent l'un contre l'autre. Même le vent hésite à briser cette image. La poésie a des images réelles, des rochers posés devant la mer, depuis des siècles.

Des siècles qui apprennent la patience et les langues étrangères de marins perdus dans les tempêtes. Les éphémères se serrent l'un contre l'autre, leur peau exulte une histoire tragique, Frères et soeurs punis des Dieux, sous le soleil de la vie.

Les éphémères se serrent l'un contre l'autre, même le temps ne peut rien contre cette image, cette force intime, cette tendre résolution, cette clarté des évidences...

Les éphémères se tiennent par la main pour des milliers d'années. Partis d'eux mêmes, du fond du coeur, ils s'arrachent aux temps immémoriaux, à la colline, aux rochers, à la mer, au souvenir de leur naissance, à leur superstition.

Ils prennent connaissance et conscience d'eux-mêmes

Ils se mettent à rêver debout

à parler aux arbres

à peindre pour leurs descendants

De la peur ils ne retiennent que la course en avant

De la tempête ils écrivent la voile

De la condamnation, ils expriment le sursaut

De la nuit, ils ne reconnaissent que l'amour...

Tag(s) : #Vidéo, #Poème

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