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Introduction

De Marina Tsvétaïéva, je savais peu de choses. Comme de la poésie russe. Mes centres d’intérêt, mes choix idéologiques n’avaient ramassé dans leurs filets que la figure solaire de Maïakowski et de sa belle-sœur Elsa, compagne d’Aragon. Sans compter qu’Elsa Triolet est plutôt considérée comme un écrivain français, d’origine russe.

Et pourtant, régulièrement, je croisais un mot, un article, la couverture d’un livre, une citation. Instinctivement, je fuyais, je retardais toujours le moment de faire plus ample connaissance, entretenant ainsi un désir et un mystère, alors que sans doute, je n’étais que trop certain de ce que j’allais découvrir.

Les livres sont un vrai danger pour la jeunesse. La poésie a cette immédiateté (pas d’intermédiaires, pas de code) qui n’autorise pas le recul. Et peut-être pas de marche arrière.

Sachant cela, j’étais prudent. Et puis c’est amusant d’attendre, de noter tous les efforts que le grand corps malade culturel et social effectue pour adresser signe sur signe.

Mais je n’étais pas un russe blanc à l’époque où j’essayais de comprendre l’itinéraire des artistes russes et de la révolution. Aussi Marina avait beau me fixer de son regard rebelle à tout, je n’avais pas souhaité poursuivre plus loin l’aventure.

Et puis soudain les choses s’accélèrent. Quelque chose fait qu’à un moment donné, il devient urgent et indispensable de s’y attacher. D’accepter le feu de sa parole, de la regarder s’immoler vive au bûcher de ses contradictions dans la tourmente de son époque.

Les signes se firent plus forts, plus répétés, plus évidents. Sans doute ceux du moment.

Marina Tsvétaïéva, qui était-elle ? Une analyse subjective, à travers diverses sources, et la lecture de ses poèmes.

Billet 1

Commençons par la fin : ce dimanche 31 août 1941, Marina Tsvetaeva met fin à ses jours dans la petite ville d’Elabouga. A nous occidentaux, ce lieu ne dit pas grand-chose. C’est une ville tatare.

Le Tatarstan (capitale : Kazan) est situé au centre de la Fédération de Russie sur une plaine. Sa superficie fait 68 000km2 pour une population de moins de 4 millions d’habitants.

Aujourd’hui Elabouga est une zone franche dédiée à la production automobile.

Marina est arrivée à Elabouga avec son fils Mour de 16 ans, il y a une dizaine de jours Evacués. En juin 1941, la Wehrmacht qui a encerclé Léningrad, pris Kiev, menace Moscou.

Depuis 1939, son mari Serguei Efron et sa fille Alia (29 ans quand Marina se suicide) ont été arrêtés par la police soviétique pour espionnage. Sa sœur Anastassia, qu’elle ne reverra jamais, a elle aussi été arrêtée, avant que Marina ne rentre de France en Russie.

Elle écrit dans ses carnets vers 1940 : « Personne ne voit-ne sait- que depuis un an déjà (environ) je cherche des yeux un crochet, mais qu’il n’y en a pas, parce qu’il y a l’électricité partout. Pas un seul lustre… » et plus loin : « Sottises. Pour l’instant, on a besoin de moi. »

Convaincue d’être dans une impasse, d’être indispensable à personne, voire d’être un obstacle à l’épanouissement de Mour, elle choisit d’en finir. Son fils la retrouvera pendue dans l’isba paysanne de cette ville tatare. Ella avait 49 ans.

Personne ne sait où elle est enterrée dans le cimetière municipal.

« Si j'avais des armes parlantes, j'y aurais inscrit Ne daigne.

La vie est une gare, je vais bientôt partir, je ne dirai pas où. »

Commentaire de Marina à la fin d’un questionnaire élaboré par le « Cabinet de littérature révolutionnaire » en vue de l'établissement d'un dictionnaire bibliographique des écrivains du XXe siècle (questionnaire auquel l’écrivain avait répondu sur la sollicitation de Boris Pasternak en 1926)

Billet 2

Cette fin funeste de Marina Tsvétaïéva était-elle prévisible ? Etait-elle écrite sur les lignes de sa main, (MT consulta parfois les tireuses de cartes), portait-elle, lucidement en elle, ce sombre présage, la voie étroite qu’elle s’était choisie l’y emmenait-elle derechef ?

Si dans bon nombre de ses écrits, Marina Tsvetaieva a fait explicitement référence à la mort, (à 18 ans, « je ne crains qu’une seule chose au monde - ces moments où en moi la vie se fige ») et même à la façon dont elle disparaîtrait probablement, les causes en sont multiples et ont un fondement extérieur.

D’abord, elle n’a pas été reconnue à la hauteur de son talent et de son total engagement poétique. Et ce fut bien son problème : se donnant totalement à la quête de l’absolu, haïssant ce qui est morcelé, séparé, la surface futile de l’existence, proche en cela de l’attitude mystique (non la pensée), elle rejoignait ce « royaume des cieux » imaginaire depuis l’enfer terrestre par l’échelle de corde de la poésie. Plus proche des anges (« avec eux, je saurai m’y prendre ») que des hommes, elle traversa en héroïne sa vie marquée par les catastrophes historiques du 20ème siècle, guerre mondiale-paix séparée-révolution d’octobre, 2ème guerre mondiale.

Or, pendant cette période, alors qu’elle avait commencée à publier très jeune (elle est née en 1892), elle ne fut reconnue ni par la Russie soviétique, ni par l’émigration russe. Et pourtant, elle se savait poète. Elle en avait l’exigence, la fulgurance, l’immédiateté. Sa capacité à tout ressentir en même temps, et le don à aller chercher, mais de l’autre côté, les pépites.

Mais ni ses poèmes qui pourtant étaient appréciés, ni ses différents travaux (traduction, études), n’intéressèrent le milieu littéraire qui compte, celui qui ouvre les portes des maisons d’éditions, fait paraître les bonnes critiques, installe l’écrivain parmi ses pairs.

MT n’était pas du genre à s’abaisser « - Ne daigne - » tout simplement parce qu’elle en était incapable. Elle qui en 1926, alors qu’elle séjournait à Saint-Gilles-Croix-de-Vie participa à cette conversation épistolaire, littéraire et amoureuse avec Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke, avait l’impression d’être considérée comme une débutante au cours de ses années galères à Paris. (Mais quand à part, petite, sa vie ne fut pas une longue galère ?)

Ensuite, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette femme étonnante, c’est que tout préoccupée qu’elle était de l’absolu, elle se dévoua corps et âme (et âme pour elle, cela voulait dire quelque chose en terme de sacrifice et de renoncement), à sa famille qui ne se rendit pas réellement compte de son abnégation personnelle. La difficulté d’être une femme de lettres (Poète !) et de tenir un foyer avec si peu d’argent (à Paris, pendant les 15 ans de 1925 à 1939 qu’elle y passa, il n’y avait guère qu’elle qui en ramenait-le reste c’était des aides), garder sa dignité dans un taudis, elle dont le père fonda le premier musée des beaux-arts de Moscou (actuel musée Pouchkine) requiert beaucoup de courage et d’énergie. Et cela, Marina en avait à revendre à cause de son éducation et parce qu’elle plaçait au dessus de tout sa famille. Mais cela vous use.

Au bout de cette vie qui n’en était plus une, ne ressentant plus le désir d’aimer et d’écrire, alors il n’y avait plus rien. « Puisque j’ai pu cesser d’écrire des poèmes, je pourrai un beau jour cesser d’aimer. Alors je mourrai…..Je finirai, bien sûr, par un suicide »

Et pourtant, cela avait-il si mal commencé ?

Billet 3

Marina Tsvétaïéva (Zwetajewa, Cvetaeva, Cvetajevová, Svetajeva, Tsvétaeva, Tsvetaïeva, Tsvetayeva, Zvetaieva, Zwetajewa, Zwetajewa, Tzsvetayeva) est née à Moscou en 1892, c'est-à-dire, il y a seulement 116 ans, mais à deux siècles de distance. Et quels siècles ! Et quel pays ! Quelle image pouvons-nous avoir de cette Russie de la fin du 19ème siècle ? A quoi ressemblait Moscou ? Quelle fut l’enfance de Marina, enfance dont on dit parfois qu’elle contient en germe toutes les moissons, les explosions de la vie ? Mon grand-père est né en 1896, en France, dans le Var. Marina aurait pu être ma grand-mère. Au fond, que savons-nous d’eux, comment se sont-ils habitués à traverser les deux immenses cicatrices du siècle, comment ont-ils vécu avec tous les morts sur le cœur, une fois, puis deux, comment peut-on vivre deux fois (2 guerres mondiales) après la mort, comment mourir deux fois, si jamais l’une était pour rire ?

1892, c’est l’année de l’accord franco-russe. Pour mémoire, cet accord secret avait été signé par les deux pays (France et Russie) qui s’étaient sentis isolés à la suite de la « triplice » (accord Allemagne/Autriche-Hongrie/Italie). Cet accord fut rythmé par la visite respective des flottes française et russe, à Cronstadt, puis à Toulon.

Pour la petite histoire personnelle, que d’allées et venues nous fîmes, à Toulon, sur ce quai Cronstadt, à l’époque de la mansarde ! (voir la rubrique « Comment on devient poète)

Tout ça pour dire, que finalement, on n’échappe pas à son époque. Marina, jamais ne se déroba. Elle voulut simplement ne pas participer à des combats dont la motivation lui semblait sans intérêt. A Paris, elle n’aimait pas que sa maison soit envahie par le journal, la politique. Elle estimait « être elle-même le peuple », et surtout toujours « seule contre tous ». Cela ne l’empêcha pas de se sentir très concernée par l’occupation de la Tchécoslovaquie en octobre 1938.

Sa famille était noble et elle conserva toute sa vie de son milieu d’origine et de son éducation une attitude et une éthique de courage et d’honneur. Elle ne se départit jamais d’un goût pour le travail acharné et le travail bien fait, encore moins de la conscience de l’engagement que porte «c’est moi qui signes ».

Marina est née dans un milieu cultivé. Tout d’abord son père, Ivan Tsvetaev, titulaire de la chaire de Théorie et d’Histoire de l’art de l’université de Moscou, fut le fondateur et le directeur, de 1911 à 1918, du premier musée des beaux-arts de Moscou, l’actuel Musée Pouchkine. Si ce projet l’occupa beaucoup, le rendant peu disponible pour sa famille, Marina exprima toujours sa gratitude vis-à-vis de lui, tout comme vis à vis de sa mère, pianiste, qui aurait voulu qu’elle devienne musicienne.

Après un séjour en Italie, où sa mère, Maria Mein, soignait sa tuberculose, Marina et sa sœur Anastassia (Assia) sont inscrites comme internes dans une école Française de Lausanne. L’année suivante, Marine est inscrite dans un collège de Fribourg, elle écrit des vers en allemand. Elle est âgée alors de 12 ans. Le russe, le Français, l’allemand, les trois langues de Marina, plus une : la poésie !

Billet 4

Dis-moi qui tu lis, je te dirai qui tu es

Concernant ses lectures, ses écrivains préférés, voici ce que Marina Tsvétaïéva répondit au questionnaire élaboré par le « Cabinet de littérature révolutionnaire » en vue de l'établissement d'un dictionnaire bibliographique des écrivains du XXe siècle.

« ….

Succession des lectures préférées : (chacune correspond à une époque)

Ondine (petite enfance), Hauff Lichtenstein (adolescence). L'Aiglon de Rostand (prime jeunesse). Plus tard et jusqu'à ce jour : Heine, Goethe, Hölderlin. Les prosateurs russes (je parle de mon moi actuel) Leskov et Aksakov. Les poètes russes Derjavine et Nékrassov. Des contemporains : Pasternak.

Vers préférés dans l'enfance : À la mer de Pouchkine et la Source brûlante de Lermontov. Deux fois le Roi des Aulnes et Erlkönig. Les Tsiganes de Pouchkine de 7 ans à ce jour à la folie. Je n'ai jamais aimé Eugène Onéguine.

Les livres que j'aime le plus au monde : ceux avec lesquels on me brûlera : les Nibelungen, l'Iliade, le Dit de l'Ost d'Igor.

Mes écrivains préférés contemporains : Rilke, R. Rolland, Pasternak. »

(Adieu donc, ô mer. Mais je n'oublierai

Jamais ta majesté ni tes splendeurs,

Et longtemps, longtemps en moi j'entendrai

Ton lourd bruissement aux heures du soir)

Pouchkine « à la mer »

Tout un programme,

Billet 5

La vie est un amour impossible.

Romantique, oui, même si son style littéraire en a liquidé toute mièvrerie, Marina Tsvétaïéva en a conservé, purifiés, quelques traits.

Un moi totalement exalté, douloureux , mélancolique, le goût et le sens du « chevaleresque », celui de la nature et de ses grands espaces, l’amour fou pour la geste Napoléonienne (Marina, sur un coup de tête, partit à Paris à 16 ans pour voir Sarah Bernhardt jouer l’Aiglon et elle vécut Rue Bonaparte), un certain mépris du présent, une attitude hautaine pour les bassesse matérielles, la rupture de style avec tout ce qui précède, la révolte permanente cette maladie de l’âme ontologique qui consacre le divorce entre le poète et la réalité quotidienne, qui rend l’amour si difficile et plein de larmes, et la seule issue possible, accessible : la poésie.

Marina n’est pas confinée au romantisme. Mais nous qui savons ô combien les livres ont une influence sur la jeunesse (et orientent même toute une vie), nous comprenons que le tempérament naturel de la jeune fille et la force des poètes romantiques ne pouvaient qu’entrer en vibration.

Parmi les thèmes chers au romantisme, Marina Tsvétaïéva éleva celui de l’amour au paroxysme. Elle aima passionnément, aveuglément, idéalement des hommes ou des femmes au cours de ses « engouements » où décollant à la verticale à la recherche de l’absolu, elle se heurtait aux angles de la vie humaine, alors retombait en souffrance, non sans avoir au passage ramené de ces voyages éclairs quelques pépites.

Marina aima l’amour plus que ses passades. Et elle aima écrire autant que l’amour. C’est de l’amour dont elle fut amoureuse, et c’est de son absence, de ne pas se sentir aimée, de ne plus pouvoir ni aimer (donc plus écrire) qu’elle succomba.

Sa liaison avec Sofia Parnok, son amour fou pour Rodzévitch, sa longue attente de Pasternak, sa complicité avec Rilke, se retrouvent dans ses livres comme des amours passionnés et peut-être impossibles (des non-rencontres)

« Pour moi les mots sont trop petits et la démesure de mes mots n'est que le pâle reflet de la démesure de mes sentiments »

Billet 6

Les années Prague

En 1922, Marina Tsvétaïéva eut l’information de la part de Boris Pasternak que son mari Serguei Efron, qui s’était engagé dans l’armée blanche et dont elle n’avait plus de nouvelles était vivant. Elle quitta donc la Russie bolchevik pour le rejoindre, à Berlin, où elle resta environ un mois et demi.

Puis la famille (c'est-à-dire Serguei, Marina, Ariadna la fille aînée de Marina-la cadette Irina était morte de malnutrition en 1920) partit pour Prague. Ces quelques trois années en Tchécoslovaquie restèrent un souvenir heureux pour Marina. Même si elle ne peut vivre au mieux qu’en banlieue de Prague, la famille bénéficie d’aides du gouvernement tchèque. Marina rencontra Anna Teskova, gestionnaire des fonds d’aide aux émigrés russes, avec qui elle échangea pendant 17 ans une correspondance lumineuse (135 de ses lettres adressées à son amie pragoise ont été rassemblées dans un livre).

C’est à Prague également que naquit son fils Guéorgi (qu’elle voulut un temps nommer Boris pour Pasternak) et qu’elle appelait Mour.

Ces années furent aussi celles où Marina écrivit « le charmeur de rats » et ses grands poèmes « le Poème de la montagne » et le « Poème de la fin », deux poèmes écrits dans la foulée en 6 mois dans le sentiment d’amour fou qu’elle éprouvait pour Konstantin Rodzévitch.

C’était un officier de l’armée rouge, ancien commandant du port d’Odessa, fait prisonnier par les blancs. Lors de son évacuation, il rencontra Serguei Efron avec qui il partit pour Prague rejoindre d’autres émigrés russes.

Alors qu’elle écrivait encore les poèmes qu’elle lui dédiait, sa passion était sans doute retombée, lui restait le travail poétique à accomplir, la transfiguration, le témoignage de cet amour fou, de cette brûlure.

En envoyant les vers qu’elle venait d’écrire à son amant, elle ajoutait :

« Lisez ces vers de tout votre être, comme vous n’avez jamais lu aucun

vers. Voici pour vous, cher ami, l’occasion de comprendre en une seule

fois –et le non-hasard des mots en poésie, et la pesanteur des mots

lâchés « à l’air libre », et la profonde différence entre essence et reflet,

et tout simplement moi, mon âme vivante et bien des choses encore.

Soyez attentif ! Je vous en conjure. Car c’est le reflet le plus exact d’une

heure dont vous êtes l’un des acteurs –si ce n’est l’auteur ! C’est cette

heure sans pareille- telle qu’inscrite pour des siècles en moi ! »

Billet 7</strong>

Rainer Maria Rilke Boris Pasternak Marina Tsvetaeva Conversation à trois

Cela se passe au cœur de cette année 1926, particulièrement en été (un repère pour moi, c’est l’année et pratiquement les jours de naissance de mes parents) entre Saint-Gilles-Croix de Vie en Vendée, Moscou et le canton de Vaud en Suisse. Marina Tsvetaieva est au bord de la mer pour quelques mois, Pasternak en Russie et Rilke se soigne en Suisse. Le point de départ de cette rencontre de l’esprit, c’est une lettre que Léonide, le père de Boris Pasternak, adresse à Rilke à la fin de l’année 1925 après une longue interruption de leur correspondance. (L Pasternak doutait même que le poète allemand fût encore en vie)

Dans cette lettre écrite à Berlin, où il ne laisse exulter sa joie de pouvoir communiquer avec le poète devenu à 50 ans une célébrité européenne, Pasternak père parle de Boris.

La lettre finit par parvenir à la clinique de Val-Mont où Rilke soigne sa leucémie. Il répond depuis la Suisse le 14 mars 1926 et tient des propos élogieux à l’égard du travail littéraire de Boris. Léonide Pasternak en fait part aussitôt à son fils, pense lui transmettre cette lettre de Rilke à Moscou tout en craignant qu’elle se perde, mais d’abord la fait lire à toute la famille !

Boris Pasternak reçoit la nouvelle de son père et cela le remet en selle alors que le doute l’envahissait car il tient la preuve que malgré le chaos engendré par la guerre et ses conséquences en Europe, la vie de l’Esprit demeurait. .Il s’agace que sa famille fasse de la rétention sur cette lettre qui le concerne tant, lui, le poète bloqué à Moscou. Il en recevra enfin une copie le 3 avril 1926.

Mais, tandis que la nouvelle d’un Rilke vivant et admiratif de ses poèmes lui parvient de la voix paternelle, Boris tombe sur le poème de la fin de M Tsvetaieva. C’est le choc de deux immenses sensibilités du même âge (à quelque chose près, ils ont 35 ans tous les deux), de la même époque qui sont conscientes de leurs possibilités et s’admirent réciproquement. Pasternak submerge Tsvetaieva de missives dans les derniers jours de mars où il lui dit toute la profondeur du lien spirituel qui le lie à descendue vers moi tout droit du ciel ; tu conviens aux dernières extrémités de l’âme. Tu es mienne, tu l’as toujours été, ma vie entière est à toi. »

Et dans le courrier qu’il adresse à Rilke le 12 avril 1926, Boris Pasternak confie qu’il avait été très malheureux durant les années postérieures à 1917/1918, qu’il était inerte « comme mort » et que soudain, non pas un mais deux hasards le ressuscitent. Le premier c’est cette lettre de Rilke que lui a transmis son père et l’autre c’est la rencontre avec l’œuvre de la poétesse M Tsvetaieva. Poétesse « qui ne vous aime pas moins et pas autrement que moi (…)

Et dans la suite de sa lettre, Pasternak ose demander à Rainer Maria-Rilke quelque chose d’inouï, d’adresser à M Tsvetaieva, que Rilke ne connaît pas, un livre de lui, peut-être les Elégies de Duino que lui-même, Boris Pasternak, « The jivago doctor », ne connaît que par ouïe dire, avec un mot de Rainer. Et Boris Pasternak précise :

« Elle s’appelle Marina Tsvetaieva et vit à Paris, 19ème arr., rue Rouvet »

Dans sa correspondance avec Rilke, Tsvetaieva dans un élan amoureux livre une vision intense de la poésie. On y trouve tout ce qui la caractérise : la vitesse, la recherche d’une vision totale (la poésie comme révélation sur le monde ?), le lien avec un au-delà, un idéal, le multilinguisme (français, allemand, russe), les correspondances sonores. Le terrible contraste entre la misère de sa vie quotidienne qui n’est pourtant pas encore la pire à laquelle elle devra faire face et l’extraordinaire richesse de sa vie intérieure, de son imagination, de son intelligence exacerbée est profondément émouvant. Un homme aurait-il pu survivre à un tel traitement ? Mons longtemps qu’elle probablement.

Ils ne se rencontreront jamais physiquement. Ils n’auront fait qu’échanger sur leur œuvre, la façon dont ils pouvaient immédiatement « en un éclair d’œil comprendre tout » et sur leurs conditions de poète, pas seulement les aspects matériels, mais la situation du poète dans le monde et la vie.

Marina ne comprit pas vraiment que la leucémie de Rilke allait bientôt l’emporter. IL y eut quelques incompréhensions, come, il y eut de la jalousie de la part de Boris. Humains, si humains, les poètes naissent et meurent comme tout le monde en ayant commercé dans ce monde avec quelque chose que d’aucuns prêteraient plutôt à l’autre ?

Rilke s’éteignit le 30 décembre 1926. Le 7 novembre, Marina postait une lettre portant l’en tête de son adresse :

Bellevue (S et O)

Près Paris

31 boulevard Verd

Cher Rainer !

C’est ici que je vis.

-M’aimes-tu encore ?

Marina

Quand elle apprit la mort de Rilke, Marina écrivit à Pasternak :

« Boris, nous n’irons jamais voir Rilke. Cette ville a déjà disparu. »

Et dans la même enveloppe, elle glissa une lettre posthume à Rilke rédigée en allemand.

A lire absolument :

RAINER MARIA RILKE

BORIS PASTERNAK

MARINA TSVETAIEVA

CORRESPONDANCE A TROIS

L’imaginaire Gallimard

Anastassia, Marina et Serguei Efron à Moscou, en 1913, MT, Lettre de Rilke à Marina, Dernière résidence de Marina à Paris
Anastassia, Marina et Serguei Efron à Moscou, en 1913, MT, Lettre de Rilke à Marina, Dernière résidence de Marina à Paris
Anastassia, Marina et Serguei Efron à Moscou, en 1913, MT, Lettre de Rilke à Marina, Dernière résidence de Marina à Paris
Anastassia, Marina et Serguei Efron à Moscou, en 1913, MT, Lettre de Rilke à Marina, Dernière résidence de Marina à Paris
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