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Paul Gilson fut surtout un homme de radio. C’est à ce titre que les mémoires s’en souviennent généralement. Pourtant, il fut bien autre chose : passionné du cinéma muet, il en tourna ; admirateur de Guillaume Apollinaire, il devint poète ; auteur théâtral, marionnettiste et fasciné par les automates, il les introduisit à chaque fois que cela lui fut possible ; ému par les rencontres populaires fantasmées de Blaise Cendrars et Mac Orlan mais aussi de Poe, il alla chercher la fantaisie extraordinaire de tous les jours — avec la voix humaniste qu’il avait adoptée, il pourrait être envisagé comme un prédécesseur de Daniel Mermet — ; enfant à jamais, il écrivit des histoires et des poèmes pour ceux qui n’ont pas réussi à grandir tout à fait. Un homme discret et amical que la pudeur empêcha d’accéder à une reconnaissance publique. C’est à sa mort que ses contemporains mesurèrent l’importance de la voix talentueuse qu’ils venaient de perdre. Cette révélation n’a pas résisté au temps, à la fin des années 1990, un article de Pierre-Marie Héron le constatait désolé. Aujourd’hui, Paul Gilson continue d’être découvert puis oublié. Seule consolation, à chaque résurrection, son charme agit comme au premier jour et ceux qui succombent à la rencontre éprouvent la joie secrète d’entrer dans un cénacle intime et chaleureux.

Sources : AMICALE DES AMATEURS DES NIDS à POUSSIERE

Lettre de Georges Méliès à Paul Gilson


9 août 1929

 

Cher Monsieur,

Vous ne m’importunez pas le moins du monde, rien ne m’est plus facile et plus agréable de vous donner les renseignements demandés.

La photo dont vous me parlez représente la fonte du Canon géant dans le Voyage dans la Lune. Le moule a été creusé en terre et la masse de métal à couler étant énorme, quantité de fonderies ont été installées circulairement autour du moule. À un signal donné, la fonte d’acier sort à la fois de toutes les usines et coule dans le moule. Les ingénieurs groupés sur un toit, surveillent l’opération. À votre question, je répondrai ceci : j’ai construit des automates, mais je ne les ai pas inventés à proprement parler. À vingt-trois ans, en 1885, j’ai quitté la maison familiale et je me suis marié. Ce n’est que trois ans après, en 1888, que j’ai acheté le théâtre Robert-Houdin, que je fréquentais depuis longtemps comme amateur de prestidigitation. Je donnais d’ailleurs de nombreuses séances dans les salons ainsi qu’au théâtre de la galerie Vivienne, aujourd’hui disparu, et au musée Grévin. C’est cependant cette période de trois ans que, déjà très habitué à la mécanique, car je m’occupais des machines dans l’usine paternelle, j’ai imité une grande partie des automates de Robert-Houdin, simplement en les ayant vus de loin fonctionner sur scène.

J’ai fait ainsi des répliques de l’Arlequin, Auriol et Deburau, le Garde-française, la Tête de Belzébuth, l’Étoile aux cartes, la Chauve-souris révélatrice (imitation du Hibou fascinateur), et nombre d’appareils tels que la « Guirlande Magique », le tableau de fantaisie, etc. (mus par l’électricité). Lorsque j’eus pris possession du théâtre, n’ayant plus les loisirs que j’avais eus pendant ces trois années, je ne m’occupai plus jusqu’en 1895 (époque du Cinéma) que d’inventer et construire les grandes illusions qui formaient le clou principal de nos représentations.

J’en ai la liste, si vous le désirez, mais j’ignore si cela offre pour vous de l’intérêt, car cela n’a pas de grands rapports avec le Cinéma, si ce n’est probablement l’habitude et la passion, innées chez moi, d’inventer et de construire des illusions, qui m’ont incité à en faire autant en Cinématographie, mais avec des procédés tout autres et très différents de ceux de la prestidigitation. J’ai vu dans l’Ami du Peuple d’aujourd’hui la reproduction de l’article de Druhot, merci. Évidemment, cela ne fera pas très plaisir à L’Herbier, mais que voulez-vous, je suis obligé de me défendre. J’ai à cœur maintenant de faire aboutir la campagne de simple justice entreprise en ma faveur par Druhot et Noverre. La vérité et l’exactitude historiques doivent passer avant tout.

Cordialement à vous.

G. MélièsUntitled

Paul Gilson, poète, compositeur
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Tag(s) : #Seghers, #Compositeur

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